Quand la bureaucratie tue le bénévolat

Par Kirstie McAllum

Une des mes motivations premières à effectuer des recherches sur le changement dans les organisations sans but lucratif et sur le bénévolat est la prépondérance des barrières bureaucratiques empêchant les bénévoles de faire ce qu’ils sont venus faire. Les demandes pour des « bénévoles experts » suivant diverses formations me surprennent toujours.

Un exemple récent de ce phénomène est arrivé à un membre de ma famille en Nouvelle-Zélande qui a fait du bénévolat pour une organisation écologique pendant plusieurs années. Appelons-le Stephen. Stephen protège la flore et la faune indigènes au bénéfice des Néo-Zélandais en piégeant les prédateurs et en nettoyant les branches et les broussailles tombées sur des sentiers de randonnée dans les régions montagneuses et boisées. Dégager les sentiers nécessite souvent l’utilisation d’une scie à chaîne. L’organisation en question a insisté sur le fait que pour se conformer aux réglementations en matière de santé et de sécurité au travail, tous les bénévoles devaient obtenir un certificat attestant de leur capacité à manier une scie à chaîne de manière sécuritaire. Stephen ne voyait pas la nécessité d’un tel certificat: il utilisait une scie à chaîne depuis plusieurs années – à la maison, au travail et, plus surprenant encore, au sein de la même organisation qui souhaitait désormais obtenir sa certification.

Cependant, comme il était impossible de continuer à faire du bénévolat pour l’organisation écologique sans le certificat, il se sentit obligé de s’inscrire au programme de formation de quatre jours avec deux autres participants. Il n’apprécia pas le cours. Il y avait trop de règles et de réglementations qui rendraient éventuellement le bénévolat difficile, voire impossible : des règles sur les passagers transportés sur le site dans une camionnette, des règles sur les sifflets à utiliser si la personne utilisant la scie glissait et se frappait la tête, etc.

À la fin du cours, l’instructeur a fait passer un test aux participants pour vérifier que leurs connaissances en matière de « scie à chaîne » étaient à jour. Stephen a répondu aux nombreuses questions d’une manière qui, à son avis, combinait concision et précision. Il a par conséquent été renversé lorsque l’instructeur l’a informé que les trois participants avaient échoué à l’examen. Il avait échoué parce que leurs réponses n’utilisaient pas le même libellé que le manuel qui avait été distribué avec d’autres matériels pédagogiques au début du cours. Les participants, à présent assez contrariés, ont contacté le bureau national pour se plaindre de la façon dont les procédures les avaient empêchés de rester impliqués dans une activité de loisir qu’ils apprécient tous.

Quelques mois plus tard, un responsable du bureau national a rappelé et a procédé à un examen approfondi de quarante-cinq minutes au téléphone, intervenant de manière négative quand Stephen ne pouvait se souvenir de certains détails. Vers la fin de l’examen, le responsable a demandé une liste des douze dangers possibles pour la sécurité au travail à surveiller lors de l’utilisation d’une scie à chaîne. Stephen a rapidement décelé huit dangers potentiels, mais s’est arrêté une fois qu’il a atteint neuf ou dix.

Il ajouta en plaisantant qu’il serait très important de faire attention aux troupeaux de cerfs et même de cochons sauvages, car ceux-ci pouvaient causés beaucoup de grabuges. Après avoir convaincu le responsable que cela pouvait effectivement ce produire dans les hautes terres, il remarqua que son ton plutôt froid changea pour un intérêt sincère et il entendit son stylo gratter sur son bloc-notes à l’autre bout de la ligne.

Stephen a cessé d’aller aux réunions de l’organisation, car ne sont désormais abordées dans celle-ci que les réglementations et la manière dont elles pourraient être appliquées.

Quelques références sur la bureaucratisation et la professionnalisation du bénévolat
Ganesh, S., &McAllum, K. (2012). Volunteering and professionalization: Trends in tension?. Management Communication Quarterly, 26(1), 152-158.


McAllum, K. (2018). Volunteers as Boundary Workers: Negotiating Tensions Between Volunteerism and Professionalism in Nonprofit Organizations. Management Communication Quarterly, 00(0), 1‑31.


Kreutzer, K., & Jäger, U. (2011). Volunteering Versus Managerialism: Conflict Over Organizational Identity in Voluntary Associations. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 40(4), 634‑661.