Méthodologie

La démarche de recherche repose sur une ethnographie organisationnelle multi-sites et une approche de recherche collaborative entre les chercheurs et les représentants des OBNL étudiées.

Ce type de démarche demande l’implication des chercheurs sur les sites de recherche en tant qu’observateurs-participants, de même que l’implication des représentants des OBNL dans le développement des objectifs et résultats de la recherche. Voici une déclinaison des volets de notre recherche. 

La Société canadienne du cancer

Le premier partenaire de recherche est la Société canadienne du cancer (SCC). La SCC est un organisme bénévole dont la mission est l’éradication du cancer et l’amélioration de la qualité de vie des personnes touchées par le cancer. Plus précisément, la Société canadienne du cancer subventionne la recherche sur tous les types de cancer, renseigne les gens sur les moyens de réduire leur risque de cancer, offre des services de soutien et une source d’information crédible aux personnes atteintes de cancer et à leurs proches et intervient auprès des gouvernements sur d’importants enjeux liés à la maladie. L’équipe de recherche pour le terrain avec la SCC est composée de Jeanne Barbeau, Frédérique Routhier, Emmanuelle Brindamour, Sophie Del Fa et Consuelo Vasquez (responsable de cette étude).

L’analyse a porté sur l’événement “le Relais pour la vie” organisé par la SCC. Le Relais pour la vie est une activité de collecte de fonds où des équipes composées de parents, amis et collègues marchent à tour de rôle le long d’une piste ou d’une voie réservée pendant plusieurs heures. Le but de l’événement est de célébrer la présence de survivants du cancer, rendre hommage aux êtres chers qui ont été emportés par la maladie et recueillir des fonds pour lutter contre tous les types de cancer.

L’expertise que la SCC a développée sur le bénévolat dans les dernières années, plus particulièrement au Québec, de même que le savoir-faire acquis dans l’organisation d’événements majeurs (et pan canadiens) de collecte de fonds, sont des apports fondamentaux à la recherche. Notons aussi que la collaboration avec la SCC et l’équipe de recherche date de plusieurs années. Une étude portant sur un des projets de prévention du cancer de la SCC, le Trottibus, a été menée par Consuelo Vasquez, chercheure principale du projet.

Une méthode novatrice

La méthodologie mise en place s’est basé essentiellement sur le suivi de quatre comités Relais de la grande région de Montréal et des alentours. Ces comités, composés de 10 à 15 bénévoles, sont responsables de l’organisation des Relais pour la vie de leur ville. Accompagnés par un-e agent-e de développement de la SCC, ils coordonnent les équipes participantes aux Relais, s’occupent de la visibilité du Relais, de la logistique, de l’accompagnement des survivants et de la gestion des bénévoles sur le site.

Ce point de mire a permis de centrer la recherche sur les pratiques communicationnelles des membres de ces comités organisateurs et d’avoir un regard longitudinal du processus de coordination d’une initiative bénévole de collecte de fonds. Plus spécifiquement, le suivi des comités relais s’est déployé dans les stratégies de recherche suivante (en quatre volets): (1) L’observation des réunions de comités et sous-comités, de même que des activités de visibilité (ex: conférences de presse, stand dans des foires de la ville), et de collecte de fonds (ex: quilles-oton, courses, lave-auto). L’observation inclut aussi le jour même du Relais.

(2) Des entrevues semi-dirigées avec les membres des comités, les agents de développement qui les accompagnent et la directrice de la SCC responsable des Relais pour la vie. Nous avons aussi réalisé des “walking interviews” avec un membre de chaque comité sur le site où se réalise le Relais. Le lien étant extrêmement important dans l’organisation de l’événement.

(3) une ethnographie des sites publics de diffusion des Relais et des sites de réseautage privés mis en place pour la coordination des comités et (4) le shadowing d’un membre du comité le jour J. Cette stratégie nous a permis de “filer” le déroulement du Relais en prenant la perspective (le point de vue) du “shadowee”. D’une certaine manière, la chercheuse devient l’ombre de la personne qu’elle suit, lui permettant de ‘vivre’ l’événement selon les actions et les interactions du participant.

Nous avons utilisé du matériel audiovisuel pour l’observation et le shadowing, le but étant d’avoir accès aux pratiques communicationnelles (verbales et non verbales) et à la dimension matérielle (espace et objets). Bref, une méthodologie que nous jugeons très originale et novatrice !

Suivez ce lien pour lire le Rapport de recherche sur la SCC https://volunteeringonthemove.uqam.ca/wp-content/uploads/sites/73/rapportSCC_Vasquezetal20.03.2020-1.pdf

Cartographie des acteurs du bénévolat

Cette recherche, menée par Coline Sénac (UQAM), Nicolas Bencherki (TÉLUQ) et Consuelo Vásquez (UQAM), consiste à cartographier les pratiques du bénévolat dans la région de Montréal et des alentours. L’étude a permis d’analyser le positionnement des acteurs impliqués dans les réseaux de bénévolat montréalais.

L’objectif de notre étude est de proposer une vue d’ensemble des pratiques de bénévolat à partir des motivations, des intérêts et des valeurs des acteurs issus des milieux où se pratique le bénévolat dans la région du Grand Montréal et des alentours.

Méthodologie de recherche

Pour réaliser notre étude, nous avons mené une étude qualitative, en nous basant sur l’échantillon d’une trentaine d’acteurs de milieux où se pratique le bénévolat dans la région du Grand Montréal et des alentours. Le choix des acteurs a été fait en fonction de leurs statuts et de leurs expériences au sein des réseaux montréalais associés au bénévolat (centres d’action bénévoles, organismes communautaires, sociaux, religieux et de santé, partis politiques, syndicats). La démarche de recherche a reposé essentiellement sur des entretiens semi-dirigés.

Théoriquement parlant, nous nous sommes inspirés de la démarche proposée par l’analyse des controverses sociotechniques, afin de tracer les réseaux d’acteurs du milieu du bénévolat montréalais. Nous avons cherché ainsi, à partir des enjeux et pratiques de chacun de ces acteurs, à comprendre leur définition propre du bénévolat. Nous avons porté un intérêt particulier à comprendre le positionnement des acteurs par rapport aux enjeux actuels sur les pratiques du bénévolat au Québec, notamment ce qui concerne l’institutionnalisation et la professionnalisation du bénévolat.

Références clés
Gagnon, É., Fortin, A., Ferland-Raymond, A.-E., & Mercier, A. (2013). L’invention du bénévolat : genèse et institution de l’action bénévole au Québec. Québec: Presses de l’Université Laval.

Latour, B. (1986). Visualisation and cognition: Drawing things together. Knowledge and society studies in the sociology of culture past and present, 6(1), 1-40. Récupéré le 23 janvier 2019 http://www.bruno-latour.fr/sites/default/files/21-DRAWING-THINGS-TOGETHER-GB.pdf

Venturini, T. (Paris, 3 Avril 2008). La cartographie des controverses. Communication au Colloque CARTO. 2.0. Récupéré le 23 janvier 2019 http://qsv.ensfea.fr/wp-content/uploads/sites/15/2017/10/2-Venturini-2008-Cartographie_Controverses_Carto2.0.pdf

La mobilisation des bénévoles et militants dans le milieu communautaire

Ce projet est mené par Nicolas Bencherki (TÉLUQ) et Camille Nicol (UQAM), en partenariat avec l’Organisation d’éducation et d’information logement de Côte-des-Neiges (OEIL) et le Comité logement Ahuntsic-Cartierville (CLAC). Ces deux organisations défendent les droits des locataires et réclament davantage de logements sociaux et abordables dans leurs quartiers respectifs. Leurs actions dépendent de manière importante sur leur capacité à mobiliser les résidents, d’une part pour leur permettent de se prendre en charge et de devenir autonomes dans la défense de leurs propres droits, mais aussi car ces deux organisations, comme beaucoup d’autres, manquent de ressources pour mener à bien leur mission.

Pourtant, la mobilisation demeure un enjeu important dans le milieu communautaire. Les bénévoles et militants peuvent être vus comme des ressources humaines « gratuites », mais leur implication est aussi au cœur des valeurs du milieu communautaire. Toutefois, ils ont aussi leurs propres contraintes et intérêts qui les rendent parfois difficile à intéresser à long terme. Un défi important se pose donc aux organisations quant à la place des bénévoles et militants : comment avoir une vie associative riche qui donne une voix aux bénéficiaires, tout en assurant la qualité et la durabilité du travail de l’organisation ?

Méthodologiquement, ce projet adopte une approche de recherche-action, qui consiste à ce qu’un membre de l’équipe de recherche assiste les membres de l’organisation dans la mise en place et l’animation de son comité de mobilisation. Tout en étant directement confrontée aux enjeux de l’implication des bénévoles et militants, cette personne enregistrera les réunions, prendra des notes et documentera le processus et les difficultés rencontrées, ainsi que la manière dont les membres les ont surmontées. En ce sens, la recherche-action peut être vue comme une forme d’ethnographie participative, avec pour objectif à la fois de produire des connaissances académique et d’aider concrètement les personnes et organisations impliquées.

Projet en partenariat avec le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM)

Le Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) est un hôpital universitaire qui « offre les meilleurs soins, spécialisés et surspécialisés, aux patients et à toute la population québécoise (.). Le CHUM a une vocation de soins, de recherche, d’enseignement, de promotion de la santé (.) » (Site web de l’organisation). Par ailleurs, le CHUM accueille annuellement environ un demi-million de patients.

Le bénévolat occupe une place prépondérante dans l’écosystème de l’organisation. De fait, le CHUM gère divers programmes d’implication bénévole, dont l’accueil et l’accompagnement, activité et loisirs ainsi qu’accompagnement et écoute au patient, ce dernier programme faisant l’objet du projet de recherche. Plus spécifiquement, nous visons à mieux comprendre l’expérience de bénévolat dans un environnement hospitalier en identifiant les défis pouvant découler d’une pratique d’accompagnement et d’écoute des patients du service d’oncologie, et ce, tant d’un point de vue des bénévoles que des gestionnaires.

L’objectif de cette recherche est donc de mieux comprendre les défis et les enjeux liés aux tâches d’accompagnement et d’écoute en ce qui a trait à la motivation personnelle, à la formation continue ou encore, aux liens avec les services professionnels (et rémunérés) du centre hospitalier. Nous cherchons aussi à explorer l’aspect « gestion » d’un tel programme, et ce, en regard du recrutement, de l’encadrement, de la rétention et de l’intégration des bénévoles.

La recherche vise ainsi à mieux comprendre comment les défis et les enjeux de la pratique bénévole s’inscrivent dans une dynamique relationnelle avec les patients et leurs familles, les professionnels de la santé ou tout autre groupe de personnes gravitant autour du programme d’accompagnement et d’écoute. Ultimement, nous espérons que ce projet permettra de développer des connaissances et des outils qui faciliteront une meilleure implication de l’action bénévole au CHUM.

Pour mieux comprendre ces dynamiques entourant la pratique bénévole, nous observerons certains bénévoles dans leurs tâches d’accompagnement et d’écoute des patients, et ce, au moment où elles se déroulent. Dans la mesure du possible, nous procèderons à l’enregistrement de ces pratiques à l’aide d’une mini-caméra afin de pouvoir saisir en détail ce qui se passe lors de ce type d’activité. Par ailleurs, nous interviewerons aussi ces mêmes bénévoles, des entrevues qui seront aussi enregistrées et retranscrites de manière anonyme.

Nous demanderons aux bénévoles qu’ils nous décrivent leurs activités quotidiennes en tant qu’accompagnant, qu’ils nous parlent de leurs tâches, des défis et enjeux qu’ils peuvent rencontrer et comment ils voient leur rôle au sein du CHUM, un environnement hautement professionnel. Nous allons donc « suivre » certains bénévoles qui acceptent volontairement de participer à la recherche tout en leur posant des questions sur les défis que cela peut représenter. Au total, nous comptons passer environ quatre semaines en présence des bénévoles/gestionnaires du programme d’accompagnement et d’écoute auprès des patients du service d’oncologie du CHUM.
https://www.chumontreal.qc.ca

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Frédérique Routhier, Consuelo Vasquez, Sophie Del Fa, Jeanne Barbeau et Emmanuelle Brindamour pour le volet SCC.
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Coline Sénac, Nicolas Bencherki et Consuelo Vasquez pour la cartographie.