Tension constante entre le bénévolat et la professionnalisation

Un résumé de l’article « Volunteering and professionalization: Trends in tension?  » (2012).

Depuis les dernières décennies, le bénévolat est devenu un des moyens principaux pour soutenir les organismes à but non lucratif (OBNL). Ce développement s’est accompagné d’une insistance de plus en plus grande mise sur le « professionnalisme » en tant que référent discursif et normatif dans l’organisation des pratiques et des identités des bénévoles.

Or, il faudrait considérer la professionnalisation et le bénévolat comme deux termes en tension constante, affirment les auteurs Shiv Ganesh et Kirstie McAllum dans leur article « Volunteering and professionalization: Trends in tension? », publié en 2012. De cette façon, les chercheurs pourraient étudier comment le discours de la professionnalisation transforme la « performance » et la production du bénévolat.

Professionnalisme et bénévolat

Selon les auteurs, les termes « professionnalisation » et « professionnalisme » restent ambigus et multidimensionnels : le premier terme met l’accent sur la structure et le processus, tandis que le deuxième mise sur la pratique et l’identité.

Concrètement, quand le bénévolat et le professionnalisme sont mis en tension, les pratiques mêmes qui constituent le bénévolat peuvent être comprises comme des formes de travail non rémunéré, amateur et sans prestige. Les analyses diront que les bénévoles ne sont pas professionnels parce qu’ils reçoivent une formation limitée, ne possèdent aucune connaissance disciplinaire et ont peu de pouvoir (Merrell, 2000).

La tension entre les deux termes permet de révéler les formes de travail matériel, émotif et incarné qui constituent les deux phénomènes. Surtout, la dichotomie met en évidence la nature sexiste du professionnalisme qui construit le bénévolat comme inférieur. Par exemple, le bénévolat peut être compris comme une forme de travail féminine caractérisée par des comportements émotifs et bienveillants, tandis que le travail professionnel étant efficace et menant à terme des choses concrètes, est catégorisé comme plutôt masculin. Cette conception genrée du bénévolat et du professionnalisme doit être soulignée et critiquée.

Professionnalisation et bénévolat

Pour les auteurs, le phénomène de la professionnalisation redéfinit profondément ce qui compte comme étant du bénévolat, comme il colonise les pratiques des OBNL. Cette nouvelle discipline opérationnelle, poussée autant par les institutions gouvernementales que le secteur corporatif, est particulièrement évidente dans les campagnes ou les demandes de financement.

En effet, pour attirer et retenir leur financement, de nombreux organismes à but non lucratif utilisent maintenant des critères alignés sur les demandes du marché pour mesurer les coûts et les avantages de leurs actions. Par conséquent, évoluant vers des « bureaucraties » de plus en plus déconnectées des préoccupations communautaires. Les auteurs observent que ce besoin de quantification éloigne les organismes de leur communauté et de leur milieu de vie.

Effet négatif sur les pratiques bénévoles

La professionnalisation et la routinisation des pratiques bénévoles réduisent le sentiment d’autonomie des bénévoles et, par conséquent, leur engagement organisationnel. Ainsi et bien malheureusement, la professionnalisation diminue la capacité des bénévoles à s’engager avec passion dans des enjeux sociaux qui les dépassent.

Le professionnalisme comme discipline opérationnelle transforme également l’identité des bénévoles. Les bénévoles passent moins de temps à s’occuper directement des problèmes qui les motivent en raison des restrictions professionnelles imposées à la prestation des services. Ceux-ci consacrent désormais beaucoup de temps et d’effort à des tâches administratives telles que les demandes de subvention. Dans cette nouvelle équation émergeant du phénomène de professionnalisation, les communautés soutenues par les OBNL deviennent des clients.

Les auteurs suggèrent que des analyses plus approfondies de la professionnalisation de la pratique bénévole pourraient donner des indications importantes sur l’évolution et la transformation de ce qu’est le professionnalisme lui-même. Il serait intéressant d’évaluer si les « bénévoles professionnels » acceptent ce nouveau statut ou encore comment ils le contestent, ou voir, comment des environnements professionnels qui font appel à beaucoup de bénévoles font face à ces tensions.

 

Référence complète :

Ganesh, S., & McAllum, K. (2012). Volunteering and professionalization: Trends in tension?. Management Communication Quarterly26(1), 152-158.

Merrell, J. (2000). Ambiguity: Exploring the complexity of roles and boundaries when working with volunteers in a well woman clinic. Social Science & Medicine, 51, 93-102.

 

Un texte de Samuel Lamoureux