Les leçons de l’action bénévole face à l’austérité budgétaire

Les mesures d’austérité budgétaire prises par la plupart des gouvernements occidentaux dans les dernières années ont changé l’engagement bénévole. Ce contexte crée des formes d’engagement dans lesquelles l’action de compassion et le don de soi sont mélangés à la résilience sociale et à la critique basée sur des processus d’autonomisation collective. C’est du moins ce qu’affirme Pierre Monforte dans son article “From compassion to critical resilience: Volunteering in the context of austerity“.

L’article de Monforte explore donc l’impact du contexte d’austérité sur les individus qui s’engagent bénévolement dans le domaine de la réduction de la pauvreté et du combat contre les inégalités. Celui-ci analyse cette question à travers 49 entretiens approfondis avec des bénévoles et des représentants d’organisations caritatives dans cinq organisations différentes à Leicester en Angleterre, une ville qui contient un haut niveau de pauvreté.

Son argument général est que les bénévoles construisent une culture de coopération, d’inclusion et de « gentillesse » (kindness) à travers laquelle ils effectuent des processus d’autonomisation collective (empowerment processes) qui sont conçus comme une réaction contre les politiques d’austérité (et le néolibéralisme en général). Dans cette perspective, le bénévolat est une réaction collective contre leur propre expérience des conséquences de la précarité dans le contexte d’austérité. L’engagement n’est alors pas qu’une forme de compassion, mais aussi un processus constant d’autonomisation collective (empowerment). L’empowerment étant défini comme le fait de donner plus de capacité d’agir à des individus ou à des groupes pour agir sur leurs conditions sociales, économiques ou politiques.

Par contre, si beaucoup de bénévoles considèrent leur engagement comme lié à une critique plus large de la politique d’austérité des gouvernements, certains approuvent parfois les discours dominants qui «blâment les pauvres» pour leurs souffrances. Les discours des bénévoles peuvent donc parfois se situer entre-deux (in between) : entre la critique de l’austérité et la critique de la capacité d’agir par eux-mêmes des plus marginalisés. Ainsi, si certains bénévoles montrent leur valeur à travers leur propre capacité d’agir, ils approuvent et reproduisent cependant les frontières symboliques avec ceux qu’ils perçoivent comme dépendants de leur soutien.