Le bénévolat, un moment de reconnaissance pour soi et pour autrui

Un résumé de l’article « L’espace et le temps de l’engagement bénévole: essai de définition » (2002).

Le bénévolat est défini la plupart du temps par les chercheurs de manière négative, c’est-à-dire parce ce qu’il n’est pas : un travail rémunéré, une aide spontanée, un don avec contrepartie, etc. Ces définitions négatives échouent à cerner leur objet. Il faut plutôt définir le bénévolat comme un espace de reconnaissance où l’identité de soi et de l’autre peut se développer. Voilà ce qu’explicite l’article « L’espace et le temps de l’engagement bénévole: essai de définition », écrit par les chercheurs Éric Gagnon et Andrée Fortin.

Éléments de définition

Les enquêtes traditionnelles sur le bénévolat s’appuient souvent sur les notions de motivations ou d’origine. En effet, y sont comparées les motivations des bénévoles: désintéressées ou intéressées, mais aussi leurs origines sociales, économiques, religieuses. Cependant, pour les auteurs, ces catégorisations et distinctions ne permettent pas de dresser un portrait juste et précis de la pratique bénévole.

Par ailleurs, définir le bénévolat comme « un don à des étrangers » est plus adéquate. Les étrangers ici ne sont pas des inconnus, mais des individus « vis-à-vis desquels on n’a pas d’obligation en vertu des règles communes de réciprocité » (Gagnon et Fortin, 2002 : 68), contrairement à des membres de sa famille ou des amis.

Professionnalisation et autonomisation

Le bénévolat, comme le démontre la première définition proposée par les auteurs, est vaste, sans frontière précise, et difficile à cerner. Il change aussi. En effet, si le bénévolat possède une longue histoire, il est traversé aujourd’hui par la professionnalisation et l’autonomisation. La premier élément fait référence à l’extension du salariat vers un plus grand nombre de secteurs traditionnellement bénévole comme les soins de santé. Suivant ce phénomène, l’activité bénévole se différencie, non pas en formant ou en constituant un secteur spécifique, mais bien un ensemble d’activités où la reconnaissance et le travail du care prennent une place importante. L’autonomisation signifie quant à elle la diffusion de la catégorie. Loin de désigner une catégorie de service, le bénévolat devient un don où la signification du geste est importante. Ces considérations, on le verra, prennent leur sens quand on analyse le bénévolat en tant qu’espace de reconnaissance où l’identité peut se développer.

Reconnaissance de soi et de l’autre

Pour les auteurs, le bénévolat doit être considéré comme un moment privilégié de reconnaissance de soi et de l’autre. Cette perspective permet trois mutations par rapport aux conceptions traditionnelles.

(1)De la charité à la liberté. Le bénévolat est une activité librement choisie et cette liberté donne de la valeur au geste. (2) Du service à l’expérience. Les rencontres et les relations interpersonnelles créées par la pratique donnent du sens au bénévolat. (3) De la distance à la proximité. Une affinité partagée est créée dans l’expérience bénévole.

Les trois critères centraux sont donc la recherche de liberté, l’expérience significative et la proximité. Ce sont les conditions qui contribuent à faire du bénévolat un moment privilégié pour la reconnaissance de soi et de l’autre, « reconnaissance toujours insuffisante et constamment recherchée à une époque où les identités sont mal assurées, où l’individu ne reçoit plus son identité, mais doit la conquérir, inventer sa propre voie » (Gagnon et Fortin, 2002 : 71).

En ce sens, le bénévolat est un espace de reconnaissance : les bénévoles donnent (parfois beaucoup), mais dans ce don, le service rendu crée un lien avec l’autre. Au centre de l’engagement, il y a un acte de reconnaissance de soi et de l’autre, il y a un don d’identité.

Se donner une identité

Pour les auteurs, inspirés par les travaux du philosophe Charles Taylor (1992), l’identité individuelle et collective se construit dans un rapport à soi-même, à un autrui significatif et à un autrui généralisé. L’identité implique donc une communauté et elle est inscrite dans le temps. Ces rapports supposent aussi un espace dans lequel on rencontre et on interagit avec un autrui significatif (une personne) ou généralisé (une communauté). « Poser le bénévolat comme travail de reconnaissance, c’est dire qu’à travers celui-ci on cherche à poser à la fois qui est l’autrui significatif et quel est l’espace social le plus large où il se situe » (Gagnon et Fortin, 2002 : 72). Il faut donc comprendre les lieux d’engagement des bénévoles, pourquoi les bénévoles bougent, pourquoi certains secteurs sont moins populaires que d’autres et comment ces engagements s’inscrivent dans le temps et dans l’espace.

Tels sont les défis de la recherche future : Il faut penser le bénévolat comme reconnaissance pour éviter les distinctions peu fécondes entre désintéressement et intérêt. Dans cette perspective, le bénévolat est nécessairement pour soi et pour les autres. Il n’est pas non plus confiné à un secteur d’activité précis. Au contraire, il n’y a pas d’activités réservées aux bénévoles, les individus peuvent s’engager dans tout type de communauté et dans tout type de contexte. En somme, il faut comprendre les directions que prennent les bénévoles, « les causes qui leur tiennent à cœur et les communautés auxquelles ils s’identifient » (Gagnon et Fortin, 2002 : 75).

 

Référence complète :

Gagnon, É., & Fortin, A. (2002). L’espace et le temps de l’engagement bénévole: essai de définition. Nouvelles pratiques sociales, 15(2), 66-76.

Bibliographie :

Taylor, C. (1992). Grandeur et misère de la modernité. Montréal : Bellarmin.