La professionnalisation du bénévolat, source ou perte de sens ?

Nos recherches démontrent que plusieurs bénévoles ou gestionnaires de bénévoles considèrent leurs activités comme une pratique professionnelle. Comme l’indique notre rapport de recherche sur la Société canadienne du cancer, cette tendance à la professionnalisation du bénévolat comporte bien sûr des avantages, comme améliorer l’efficacité des bénévoles, mais aussi des risques, par exemple une pression accrue sur la santé mentale de ceux-ci. Or une récente étude française, nommée La professionnalisation des associations, source ou perte de sens pour l’action bénévole ? Étude du cas Surfrider Foundation Europe apporte justement un éclairage nouveau sur la question.

L’article écrit par les chercheurs David Ospital et Cendrine Templier et publié en 2018 explique les résultats d’une étude de cas qui est l’archétype de « la problématique des associations soucieuses de préserver le sens de l’action bénévole ». Pour ceux-ci, la professionnalisation provient de trois processus qui ont un impact de plus en plus grand sur l’action bénévole : l’institutionnalisation, la professionnalisation au sens strict du terme, et la « logique gestionnaire ». Le premier processus subordonne le bénévolat aux institutions, le deuxième découpe les tâches, clarifie les rôles et hiérarchise les statuts et le troisième développe une logique de performance.

Pour étudier ces processus à l’œuvre, les chercheurs ont étudié le cas de la Surfrider Foundation Europe une organisation associative créée en 1990 qui pour but la « protection de l’océan » et de « l’environnement littoral » au travers des usagers. Ceux-ci ont essentiellement utilisé trois sources de données : 34 entretiens semi-directifs, 15 types de rapports ou documents internes et 300 courriels et notes internes de nature confidentielle.

Pour les auteurs, la professionnalisation du bénévolat de la Surfrider Foundation Europe représente à la fois une perte et une source de sens pour l’action bénévole. Premièrement une perte de sens car les changements axés sur l’efficacité et la coordination ont été perçus par les bénévoles comme « une perte de lien social et d’identité » dans leur action militante, ainsi qu’un affaiblissement de « la construction collective de sens » et pour finir « un risque d’instrumentalisation » de leur engagement à des fins marchandes. Cependant le changement de nature de la mission a aussi donné un sens à certains bénévoles, notamment dans la clarification des rôles ou dans l’élévation du niveau de compétence des bénévoles.

Pour finir, les auteurs proposent quelques recommandations aux associations souhaitant de professionnaliser, notamment « clarifier le rôle de tous les acteurs dans le projet associatif professionnalisé », « Développer des projets cohérents avec la vocation militante des bénévoles et en faciliter l’action », ou encore « respecter la vocation première de l’association et ses principes fondateurs ».

Bibliographie

Ospital, D. & Templier, C. (2018). La professionnalisation des associations, source ou perte de sens pour l’action bénévole ? Étude du cas Surfrider Foundation Europe. RIMHE : Revue Interdisciplinaire Management, Homme & Entreprise, 32(3), 3-25