Et si les organismes à but non lucratif étaient des acteurs politiques ?

Un résumé de l’article « Nonprofits as Political Actors » (2012).

Avec le déclin de l’État providence et la montée des inégalités sociales, les organismes à but non lucratif (OBNL) ont un rôle de plus en plus important dans la production et la distribution des services sociaux. Leur place est centrale dans le maintien de notre bien-être collectif. Pourtant, en considérant ces organisations comme de purs producteurs de bien commun, les chercheurs tendent à minimiser les problèmes de pouvoir et de contrôle dans les OBNL.

Les futures théories portant sur le secteur à but non lucratif devraient, au contraire, considérer la communication dans ces organismes et leur mode d’organisation comme étant inextricablement liés au pouvoir, suggère la chercheuse Sarah E. Dempsey dans son article « Nonprofits as Political Actors », publié en 2012. De cette façon, on pourrait comprendre et analyser politiquement les OBNL.

Trois critiques interdépendantes

Concrètement, trois domaines interdépendants devraient être examinés de manière critique : (1) la nature contestée des catégories « à but non lucratif » ; (2) le statut du travail à but non lucratif et la rémunération ; et (3) les problèmes de responsabilité et de représentation.

Premièrement, la catégorie « à but non lucratif » est problématique car les OBNL ont des relations économiques, politiques et sociales très différentes.

Les chercheurs supposent souvent que les OBNL possèdent un contrôle critique sur le pouvoir des entreprises ; cela peut s’illustrer par des pressions pour l’adoption de comportements sociaux et environnementaux plus éthiques. Or, la croissance rapide de l’entrepreneuriat social ou encore de l’application des outils marketing par certains OBNL rendent la frontière de plus en plus floue entre ces dernières et les compagnies privées.

Par exemple, aux États-Unis, la législation a historiquement forcé les OBNL à se professionnaliser pour répondre aux exigences fiscales. Maintenant, la professionnalisation habite la direction de ces organismes partout dans le monde occidental. Il n’est alors plus juste de placer « à but non lucratif » et « entreprise privée » dans des catégories séparées.

Deuxièmement, les OBNL possèdent aussi leurs propres problèmes de division du travail et de rémunération. Ils représentent une bonne source d’emploi rémunéré, mais la majorité de ces emplois sont très précaires (travail temporaire, volatil et à temps partiel). Le travail précaire est problématique car incertain, imprévisible et risqué du point de vue des travailleurs. En utilisant davantage le concept de précarité, les chercheurs pourraient analyser comment les OBNL utilisent, voire exploitent, des travailleurs sous-payés et/ou non payés.

Dans certains cas, les OBNL fonctionnent également comme des directions autonomes qui constituent elles-mêmes leurs conseils administratifs ; ils sont donc non soumis à la critique. Ce type d’administration, souligne l’auteure, devrait être appelé à rendre plus de comptes.

Des acteurs politiques

Troisièmement, les chercheurs devraient examiner le « travail de communication » effectué par les OBNL. Notamment, quant à leur manière de mobiliser les discours, lesquels peuvent véhiculer un ensemble de formes de pouvoir.

En effet, les OBNL professionnels et institutionnalisés ont souvent une capacité disproportionnée de parler au nom des autres, de façonner les débats publics et de préconiser des solutions pour répondre aux problèmes sociaux. Cette capacité à repenser un discours officiel mérite une attention particulière.

Les organisations à but non lucratif sont des acteurs politiques, estime l’auteure, dans la mesure où ils produisent et diffusent des images de problèmes sociaux et de leurs solutions, qu’ils attribuent des éloges et des critiques, et représentent les préoccupations des groupes ayant un accès limité à la sphère publique.

Pour toutes ces raisons, les OBNL ne devraient plus être regardés comme des agents de résistance à l’actionnariat, mais bien comme des structures sociales pénétrées par les mêmes conflits que n’importe quelles autres organisations impliquées dans la division du travail rémunéré ou bénévole.

Référence sommaire :

Dempsey, S. E. (2012). Nonprofits as political actors. Management Communication Quarterly, 26(1), 147-151.

 

Un texte de Samuel Lamoureux