Définir le bénévolat une fois pour toute

Un résumé de l’article « Volunteers/volunteering » paru dans l’encyclopédie The International Encyclopedia of Organizational Communication (2017).

Définir le bénévolat est important pour la recherche universitaire, mais aussi pour l’élaboration et la mise en œuvre de politiques gouvernementales. Les statistiques des Nations unies démontrent que le travail bénévole dans le monde représente 20,8 millions d’emplois à temps plein, ce qui est énorme !

C’est à cette fin que la chercheuse Kirstie McAllum a tracé une définition précise, mais suffisamment englobante, de la pratique bénévole dans l’article « Volunteers/volunteering » paru dans l’encyclopédie The International Encyclopedia of Organizational Communication, en 2017.

Première définition

Tout d’abord, l’auteure définit son sujet comme ceci : « le bénévolat fait référence au processus par lequel les individus s’associent et s’engagent avec d’autres personnes, groupes ou organisations afin de répondre aux besoins spécifiques d’une communauté sur une base non rémunérée » (McAllum, 2017, p.1; traduction libre). Cette définition se doit d’être large parce que les bénévoles s’impliquent dans des causes aussi variées que le développement de l’art et de la culture, la protection de l’environnement, l’engagement politique en plus de l’éducation, ou encore, la santé et les services sociaux. Cette définition inclut autant le « bénévolat de service », comme les pompiers volontaires qui aident leurs communautés, que le « bénévolat d’association », entre autres les groupes de vétérans qui profitent eux-mêmes de leur implication.

Ensuite, selon l’auteure, on assume généralement dans la recherche scientifique que le bénévolat possède quatre attributs de base (Cnaan, Handy et Wadsworth, 1996).

1 — C’est un acte individuel qui contribue au bien public;

2 — C’est une action non motivée par la nécessité économique (bien que cette action peut consister en une forme de réseautage professionnel);

3— La récompense ou rétribution obtenue est inférieure aux coûts en temps, effort, et parfois argent du service rendu;

4— Les activités sont menées dans une structure organisationnelle (ce qui exclut les aides spontanées, par exemple un individu qui s’arrête sur le lieu d’un accident de la route).

Pourquoi s’engager ?

Certains chercheurs ont tenté de tracer les contours du « bénévole typique ». Selon la tradition en recherche sociologique, être éduqué, marié et avoir un emploi bien rémunéré sont tous des éléments qui contribuent à des taux plus élevés de bénévolat (Musick et Wilson, 2008). Les travailleurs rémunérés ont tendance à faire plus de bénévolat que ceux qui sont au chômage, à la retraite ou les femmes ménagères; tout simplement parce qu’ils peuvent se le permettre, mais aussi parce qu’ils ont parfois plus de « capital humain », c’est-à-dire des réseaux de contacts très développés.

Les recherches en psychologie insistent plus sur les traits de personnalité comme l’altruisme pour expliquer l’engagement bénévole, que sur les caractéristiques socio-économiques. Des facteurs comme l’empathie, le fait d’être extraverti ou le désir de servir sa communauté sont très présents chez les bénévoles typiques. La psychologie sociale ajoute à la simple qualité d’altruisme d’autres motivations telles que le lien social, l’expression de ses valeurs et des objectifs relevant de la rationalité instrumentale tels que le développement de sa carrière et l’acquisition de compétences.

Les économistes, eux, suggèrent que les individus agissent toujours de manière à maximiser leur propre satisfaction. La perspective économique de la « satisfaction des objectifs » souligne que la pratique bénévole découle d’un processus décisionnel rationnel par lequel les individus évaluent les coûts et les avantages associés au rôle de bénévole. Ceux-ci estiment ainsi le « degré de satisfaction » qu’ils s’attendent à obtenir lorsqu’ils s’engagent bénévolement.

Dans une perspective plus moderne, des chercheurs expliquent qu’il faudrait séparer les bénévoles traditionnels, qui privilégient l’engagement organisationnel à long terme, et les bénévoles réflexifs (plus jeune), qui choisissent des causes qui correspondent à leurs intérêts individuels (Hustinx et Lammertyn, 2003). Ce dernier phénomène, lié aux mutations contemporaines de la pratique bénévole, sera identifié par certains de « bénévolat épisodique » ou encore de « micro-bénévolat ». Ces terminologies cherchent notamment à caractériser les engagements à court terme facilités par la montée d’Internet.

Évolution de la pratique bénévole

Du côté de la communication organisationnelle, certains chercheurs considèrent les bénévoles comme inférieurs aux travailleurs rémunérés dans la hiérarchie des organisations, car ceux-ci produiraient du travail de moindre qualité. D’autres auteurs de ce même courant présentent plutôt le bénévolat comme une source de solidarité dans un milieu de travail instable ou dans une organisation en perte de sens. Dans ces cas, le bénévolat permettrait chez les individus le développement personnel et le déploiement de la créativité.

Chose certaine, les frontières entre les secteurs privés, publics et bénévoles deviennent de plus en plus perméables. Par exemple, certaines personnes vont se servir du bénévolat après leur étude pour acquérir des compétences et faire du réseautage, pour ensuite plonger dans le milieu professionnel. De nombreuses entreprises ont aussi adopté le bénévolat comme une preuve de leur « responsabilité sociale » et accroître du même coup leur visibilité; nommément, le « bénévolat corporatif ».

On assiste également à l’émergence du « volontourisme », qui correspond à l’idée d’effectuer un voyage de travail humanitaire vers une destination ou une population exotique. C’est un phénomène en pleine expansion : à la fin de la première décennie des années 2000, plus de 1,6 million de bénévoles avaient participé à des travaux de protection de l’environnement ou à des activités de développement communautaire visant à combattre la pauvreté !

Si certains chercheurs établissent des liens entre la présence de bénévoles et la bonne santé d’une communauté, des auteurs plus critiques considèrent que cette pratique n’aide pas nécessairement la démocratie et peut au contraire reconduire des relations de pouvoir. Le fait que certaines personnes soient exclues du bénévolat (par leur race, par exemple) peut signifier que les groupes sociaux ou organisationnels reflètent la répartition actuelle du pouvoir plutôt que l’inspiration d’un dialogue axé sur le changement.

La professionnalisation de la pratique bénévole fait certainement partie des nouveaux enjeux à explorer. Plusieurs organisations emploient à la fois des employés rémunérés et des bénévoles, le tout coordonné par une gestion des ressources humaines professionnelles. Une situation qui peut créer des tensions. Il faudrait aussi vérifier comment le genre ou les valeurs peuvent influer sur la socialisation organisationnelle dans les contextes de bénévolat. Des pratiques scientifiques plus interdisciplinaires pourraient répondre davantage à ces interrogations que les séparations classiques telles que présentées par la sociologie, la psychologique et l’économie évoquées plus haut.

Étant donné que le bénévolat a été exploré par autant de disciplines sous des angles assez différents, la définition large mais « précise » convoquée au début de ce texte semble de mise.

Référence complète :

McAllum, K. (2017). Volunteers/volunteering. In C. Scott & L. K. Lewis (Eds.), In C.R. Scott and L.Lewis (General Editors), J. Barker, J. Keyton, T. Kuhn, and P. Turner (Associate Editors). The International Encyclopedia of Organizational Communication. Chichester : Wiley Blackwell.

Bibliographie :

Cnaan, R.A., Handy, F., & Wadsworth, M. (1996). Defining who is a volunteer : Conceptual and empirical considerations. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 25, 364–383.

Hustinx, L., & Lammertyn, F. (2003). Collective and reflexive styles of volunteering : A sociological modernization perspective. Voluntas, 14, 167–187.

Musick, M. A., & Wilson, J. (2008). Volunteers: A social profile. Bloomington, IN: Indiana University Press.

 

Un texte de Samuel Lamoureux